
Pour qui a déjà voyagé en Amérique latine, rien de surprenant dans la découverte du trafic anarchique de la Paz, capitale bolivienne perchée à plus de 3 500 mètres d’altitude. Les combis et les taxis se disputent les rues en pente, inondées par un nuage de pollution quasi permanent. Une fois encore, ce sont les mini-bus qui rythment la ville et les embouteillages monstres deviennent une composante inévitable du paysage.
Si les transports en commun représentent 75% de l’ensemble des voyages réalisés chaque jour au sein des 130 km2 de l’aire métropolitaine, cela ne veut pas dire pour autant que le système ait été particulièrement pensé et developpé par les pouvoirs publics. En effet, le transport public ne représente que 15% de l’offre en termes de véhicules quand les voitures particulières représentent 85% pour seulement 10% des voyages réalisés par jour. L’ensemble des acteurs s’accordent à dire que le service est mal structuré, incontrôlé et de mauvaise qualité. Il en résulte une vitesse moyenne en heure de pointe de 1 à 3 km/h au sein des artères pacéniennes.
Qui plus est, la topographie de la Paz ne facilite pas les déplacements doux (à pied ou à vélo) et explique la dépendance des habitants de la ville aux moyens de locomotion motorisés. L’absence d’une organisation efficace des transports en commun rend cette situation critique.
Le parc de minibus circulant dans la ville est avant tout le fait d’un laisser faire global de la part des autorités, offrant l’opportunité à chacun de s’improviser chauffeur de bus. Cécilia Scholz, architecte-urbaniste, affirme que « c’est un désastre, la ville a mis dix ans à étudier le système de bus en place pour voir s’il était efficace ou non, pour finalement aboutir à la conclusion qu’il fallait investir dans un système de transport massif. » Seulement, il semble que la ville ne soit pas capable de créer un tel programme et ainsi, de « proposer une vision nouvelle» de la mobilité en ville. Cécilia Scholz précise néanmoins « [qu’]il existe deux ou trois projets intéressants. Mais les projets de transport massif coûtent cher et les autorités ont encore du mal à l’accepter. » Elle ajoute d’ailleurs que la mairie devrait se souvenir du dicton colombien : « el barrato cuesta caro ! ». Comprendre : le bon marché coûte cher ! La Paz est une ville profondément chaotique derrière quoi, passé le choc initial, on découvre un certain ordre. Certains parlent même de ville cubiste. En effet, si globalement le système de transport en commun n’est pas efficace, il a tout de même le mérite de fonctionner.

Aujourd’hui, les problèmes sont d’ordre politiques. La Mairie souhaite mettre en place un projet de transport massif sur le modèle du bus à haut niveau de service (BHNS) de Bogota (Colombie). D’ailleurs, dès 1984, les services de la ville avaient initié une expérience pour la mise en place d’un service de ce type. Mais comme bien souvent, ce sont les chauffeurs eux-mêmes effrayés par les conséquences que pourraient avoir une refonte du système pour leur emploi, qui ont saboté et fait enterrer l’expérimentation. Un nouveau projet est en cours de développement depuis quelques années mais les frictions politiques entre le Maire et le Président de la République ont à nouveau tout remis en cause. Ce dernier a annoncé qu’il allait lancer la mise en place d’un téléphérique pour résoudre les problèmes de mobilité au sein de la capitale. Si la participation citoyenne fonctionne pour les petits projets, on ne consulte pas la population pour les plus importants. Cela aboutit à une opposition stérile et sans arbitrage entre l’Etat et la Mairie, au dépend du bon fonctionnement de la ville.
Les services municipaux indiquent, à l’aide d’une rhétorique peu équivoque, vouloir mettre en place un système de BHNS auquel pourra s’ajouter un système de téléphérique, malgré tous ses défauts. Elle affirme ainsi que « l’implantation d’un système de téléphérique à lui seul ne pourra en rien résoudre les problèmes de transport. Pour le rendre efficace, et pas uniquement pour les touristes, il devra être intégré à d’autres moyens de transport, comme le projet de BHNS, ‘La Paz Bus’. » Certainement sans réellement savoir ce qu’il en sera dans quelques mois, le maire assure vouloir lancer le projet courant 2013.
